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Les combattants


 

 

Loin de nos fiers archers aux flèches acérées et de notre vaillante artillerie aux tirs vigoureux, l’avant-garde et moi-même, compagnon d’infortune d’une armée aux aguets nous apprêtions à en découdre armes à la main. Traversant les prairies et autres bourbiers sablonneux, nous aperçûmes au détour d’un surplomb l’ennemi qui nous faisait face. Leurs lames s’agitaient tels les sourires machiavéliques d’une meute de gueux à qui ont auraient cousu la bouche d’un trait pour médisances envers notre bon duc. Elle était là, à moins d’une lieue, cette mer d’acier forgé ondulant en une cacophonie métallique. Ponctuée de plumes multicolores desquels s’élevaient en de multiples hurlements de basson des ordres dissonants, elle se déroulait maintenant en une dizaine de petits lacs aux rives tranchantes comme des rasoirs. Ils nous attendaient l’épée vibrante et la flèche encochée.

 

J’aurais dû être terrifié moi simple coustillier de mon bon duc Philippe. Toutefois, aucune émotion ne parcourait mon être. Je ne pouvais défaillir comme l’auraient fait un de ces noblions ou de ces autres courtisans qui semblaient avoir un malin plaisir à rester bien loin de tout engagement physique tout en paradant livrée armoriée au vent et valets aux étriers. Mon serment d’allégeance envers les miens, ceux à côté desquels j’allais soutenir sous peu l’assaut des vagues d’hasts fourbes et l’écume éparse de traits virevoltants, comptait plus que tout.

 

Mes sens étaient aiguisés. Une force sourde dardait dans la moindre de mes veines. Quelques directions furent clamées. Et nous nous disposâmes tel que l’on nous l’avait appris. Mes doigts gourds se refermèrent avec dextérité sur mon couteau de brèches. Je tâtai d’une paume aveugle le pommeau de mon épée qui retentit d’un tintement clair contre la braconnière usée de ma brigandine. J’abaissai la visière de ma salade correctement ajustée à mon gorgerin au cas où un archer ennemi en mal de prestige aurait eu l’intention de me prendre pour trophée de chasse. C’est alors qu’en scrutant les bans alignés harmonieusement je l’aperçus brillant de mille feux dans son armure. Superbe et fier sur son noble destrier de sable, il émanait de ce chevalier un charisme rare. Il me rappela mon mentor, habile jouteur et fine lame, et ses préceptes guerriers qu’il ne se lassait d’énumérer.

 

Je me remémorai ses dires ancrés profondément dans mon être : « Vous qui voulez l’ordre de chevalier, Il vous convient mener nouvelle vie, Dévotement en oraison veiller, Pécher fuir, orgueil et vilénie. L’église devez défendre, La veuve, aussi l’orphelin entreprendre, Estre hardis et le peuple garder, Prodoms loyaux sans rien de l’autrui prendre, Ainsi se doit chevalier gouverner. Humble cœur ait, toudis doit travailler Et poursuir faits de chevalerie, Guerre loyal, estre grand voyagier, Tournois suir et jouter pour sa mie. Il doit à tout honneur tendre Si com ne puist de lui blasme reprendre Ne lascheté en ses œuvres trouver ; Et entre tous se doit tenie le memdre; Ainsi se doit gouverner chevalier. Il doit aimer son seigneur droiturier, Et dessus touz garder sa seigneurie, Largesse avoir, estre vray justicier, Des prodomes suir la compoignie, Leur dis oir et apprendre Et des vieillards les prouesses comprandre, Afin qu’il puist les grands faits achever, Comme jadis fit le roi Alexandre, Ainsi se doit chevalier gouverner. »

 

Un bruissement d’ailes me fit reprendre mes esprits …Quelques corbeaux, mille fois spectateurs de tels ébats, prirent leur envol … Un grondement de tonnerre emplit d’un coup la plaine … vouges, guisarmes, haches de pas, pieux de chasses, épées étincelantes se précipitèrent d’une course assurée vers leurs semblables pour des retrouvailles mortelles …

 

Sexte sonnait au clocher de l’abbaye toute proche qu’une fine pluie d’automne embrumait. C’était en 1453 ….

 

ENTRE LE PARADIS ET L'ENFER : MOURIR AU MOYEN ÂGE

 

Du 3 décembre 2010 au 24 avril 2011

Musée du Cinquantenaire

 

 

 

L'art de l'enluminure à l'abbaye de Maredret

http://www.maredret.be